Perspective - Les actionnaires sont plus menaçants que Greenpeace

Les actionnaires sont plus menaçants que Greenpeace

L'impact négatif des actionnaires mécontents
REDD October 24, 2017

L’émergence du militantisme des actionnaires et ses effets négatifs sur le cours des actions

Les actionnaires mécontents de vos résultats environnementaux peuvent nuire bien davantage à la performance financière de votre entreprise qu’un boycott de Greenpeace.

Les chercheurs Ion Bogdan Vasi (Columbia University) et Brayden King (Northwestern University) ont constaté qu’une seule résolution d’un actionnaire inquiet suffit pour que les analystes croient que votre entreprise représente un risque pour l’environnement. Et cette conviction se traduit par une révision à la baisse des évaluations du cours de l’action. Cependant, on ne peut en dire autant des actions des militants écologistes extérieurs à l’entreprise.
« Il est surprenant que les groupes d’activistes n’influencent pas les évaluations des risques des analystes, dit John Peloza, professeur en gestion à la Florida State University et rédacteur spécialisé du REDD sur les questions liées à l’analyse de rentabilité. En effet, on pourrait supposer intuitivement que les poursuites en justice ou les boycotts motivés par ses mauvais résultats environnementaux entraîneraient une baisse du cours des actions d’une entreprise. Or il semblerait que ce ne soit pas le cas. »

Les chercheurs ont abouti à cette conclusion après avoir étudié les 700 plus grandes entreprises en termes de chiffres d’affaires aux États-Unis entre 2004 et 2008. Ils ont suivi le « risque environnemental » perçu par les analystes financiers, étudié qui influençait ces perceptions et comparé les évaluations avec la performance financière des entreprises.

Comme le faisait observer un analyste : « L’extraction de combustibles fossiles devient de plus en plus risquée, ce qui constitue un risque financier. La dernière vague de crises environnementales incite les investisseurs à s’intéresser davantage à la façon dont le risque environnemental influence le risque financier ».

Activistes primaires par opposition aux activistes secondaires

« L’extraction de combustibles fossiles devient de plus en plus risquée, ce qui constitue un risque financier.»

Armés des évaluations des risques de ces 700 entreprises, les chercheurs ont étudié l’influence exercée par les activistes primaires par opposition aux activistes secondaires sur les évaluations des analystes. Les activistes primaires désignent les personnes dont la situation financière présente une corrélation directe avec la performance de l’entreprise : actionnaires, employés, fournisseurs et créanciers.

Les activistes secondaires comprennent les groupes communautaires ou religieux ainsi que les organisations non gouvernementales (ONG) telles que Greenpeace, le WWF ou la Fondation David Suzuki au Canada – soit les organismes extérieurs à l’entreprise. Ces activistes extérieurs peuvent organiser des boycotts, des protestations, des poursuites en justice, des manifestations, des pétitions ou des sit-in pour sensibiliser le public aux mauvaises pratiques environnementales des entreprises. Leurs actions sont parfois efficaces pour contraindre les entreprises à adopter des pratiques durables – ou du moins à donner l’apparence d’améliorer leur performance environnementale. Toutefois, les analystes ont tendance à considérer les défenseurs de l’environnement comme des groupes radicaux ou marginaux.

Un seul actionnaire mécontent suffit pour faire des remous

Les actionnaires partagent l’objectif de l’entreprise de gagner de l’argent et de préserver sa viabilité financière à long terme. Par conséquent, leurs préoccupations à l’égard des politiques environnementales constituent un signal d’alarme pour les investisseurs potentiels. Et selon les chercheurs, contrairement aux personnes extérieures à l’entreprise, les actionnaires militants se trouvent dans une position unique d’« observer les activités de l’entreprise et de dénoncer ce qu’ils perçoivent comme des méfaits environnementaux ».

Les actionnaires agissent contre la performance environnementale de l’entreprise au moyen de résolutions : « Bien que les résolutions des actionnaires obtiennent rarement un appui suffisant pour changer les politiques de l’entreprise, écrivent les chercheurs, elles démontrent que les investisseurs [devraient] se préoccuper des pratiques environnementales des entreprises ».

Le militantisme des actionnaires tire son origine des « prédateurs » des années 1980. Ces prédateurs achetaient une participation dans une entreprise – ou rachetaient l’entreprise moyennant une prime – afin de la contraindre à effectuer des changements à l’interne. Les prédateurs célèbres comprennent Carl Icahn, T. Boone Pickens et, plus récemment, Bill Ackman.

Exemple de résolutions d’actionnaires

Comparaison du risque perçu avec le cours de l’action

Après avoir déterminé quelles entreprises étaient ciblées par des activistes primaires et secondaires, les chercheurs ont examiné la performance financière. Ils ont étudié la différence entre la valeur comptable de chaque entreprise – soit la valeur de ses actifs sur papier – et sa valeur au marché – soit la valeur estimée par les analystes.

Les chercheurs ont constaté que les entreprises qui présentent un risque environnemental supérieur réalisent une performance inférieure aux entreprises qui présentent un faible niveau de risque. Et les entreprises qui présentaient le plus important risque perçu étaient celles qui avaient fait l’objet d’une résolution des actionnaires, et non celles qui avaient été ciblées par des groupes environnementaux ou d’autres activistes extérieurs à l’entreprise.

Points saillants pour les chefs d’entreprise

Bien que vous ne deviez pas négliger les préoccupations concernant vos résultats environnementaux des organismes extérieurs, sachez que leurs campagnes publiques n’influenceront pas nécessairement votre rendement boursier. Cependant, méfiez-vous des actionnaires mécontents.

Influence des activistes sur la performance de l’entreprise

Vasi, I.B. and King, B. 2012. Social Movements, Risk Perceptions, and Economic Outcomes: The Effect of Primary and Secondary Stakeholder Activism on Firms’ Perceived Environmental Risk and Financial Performance. American Sociological Review. 77(4), 1–24.